Comparaison des filtres de débruitage

par Michel QUINTON et Michel LEFRANC

Pour une meilleure consultation de cette page, il est conseillé d'utiliser un viewer externe pour les images .gif, comme xv par exemple. Pour cela, menu Options, General Preferences, Helpers. Editer la ligne image/gif et choisir Handle by Application avec la ligne de commande "xv %s".


1/ Introduction

Pour une introduction générale sur le débruitage, la présentation des bruits et des filtres, on se rapportera aux pages de Stéphane Bryant et Claude-Anne Gourdon sur le sujet. Nos pages viennent compléter les leurs en ce sens qu'elles apportent de nouveaux éclairages quant à la comparaison des performances des filtres de d&eacutebruitage.

Les bruits envisagés seront ici des bruits

Les critères de comparaisons seront successivement basés sur :

2/ Images bruitées et débruitées

L'image que nous avons choisie pour effectuer les comparaisons est celle (classique) du bateau.

2.1/ Bruit impulsionnel (densité=2%)

2.2/ Bruit impulsionnel (densité=30%)

2.3/ Bruit gaussien (variance=500)

2.4/ Bruit gaussien (variance=5000)


3/ Critères psychovisuels

Nous allons ici comparer les filtres sur la qualité subjective (psychovisuelle)des images débruitées qu'ils fournissent, et ce en fonction du type de bruit et de son intensité.

3.1/ Le bruit impulsionnel

Pour une densité de 2%, le bruit impulsionnel est peu dérangeant pour l'oeil. Le débruitage est satisfaisant pour tous les filtres avec une préférence pour le médian et l'ouverture. Les filtres créent des déformations psychovisuelles bien différentes de celles du bruit initial : le moyenneur introduit un flou dans l'image et Nagao provoque un effet de bloc.

Dans le cas d'une densité de bruit plus élevée (ici 30%), la gêne visuelle devient beaucoup plus importante et le d&eacutebruitage beaucoup plus délicat. Le filtre d'ouverture de rayon 1 est de loin le plus efficace. Le moyenneur laisse apparaitre des traces blanches aux endroits de grande concentration de points corrompus, le médian introduit un flou dans l'image mais conserve cependant de bons contours, quant au filtre de Nagao, il crée un effet de bloc considérable.

En conclusion, l'ouverture permet un bon débruitage dans le cas du bruit impulsionnel. On pourra être amené à augmenter la taille de l'élément structurant avec la densité pour éléminer tout bruit. La déformation apportée est un léger flou qui est négligeable comparé à la gêne du bruit impulsionnel initial.

3.2/ Le bruit gaussien

Le bruit gaussien apporte un grain à l'image qui, pour une variance de 500, est très peu dérangeant pour l'oeil. Finalement les déformations apportés par les différents filtres de débruitage sont plus gênantes que le bruit initial, et de ce fait rendent le filtrage absurde d'un point de vue psychovisuel. On verra plus loin qu'il a cependant un intérêt en tant que préfiltrage pour la détection des contours.

Dans le cas d'une variance plus élevée (ici 5000), le bruit gaussien devient beaucoup plus gênant pour l'oeil, malheureusement l'inefficatité des filtres est à la hauteur de l'intensité du bruit...


4/ Rapport signal sur bruit

Nous allons ici comparer les rapports signal sur bruit des images débruitées par les différents filtres. Cette mesure de la qualité de l'image est objective et quantifiable mais n'est pas toujours corrélée à la qualité subjective (psychovisuelle) de l'image. En particulier, il est délicat de comparer les rapports signal sur bruit de deux images pour lesquelles la nature du bruit est différente.

4.1/ Bruit impulsionnel

4.1.1/ Résultats pour une densité de 2%

Image  SNR 
Bruitée  80,1 
Médian (3x3)  693,4
Ouverture (rayon 1) 419,1
Moyenneur (3x3) 73,9
Nagao 53,7

4.1.2/ Résultats pour une densité de 30%

Image  SNR 
Bruitée  6,1 
Ouverture (rayon 1) 372,0
Ouverture (rayon 2) 135,9
Médian (5x5) 72,9
Médian (7x7) 62,1
Médian (3x3) 24,6
Nagao 21,5
Moyenneur (3x3) 15,0

4.1.3/ Commentaires

Les résultats basés sur les rapports signal sur bruit confirment l'efficacité des filtres médian et d'ouverture. On remarquera qu'à partir d'une densité de bruit de 9% il devient plus intéressant d'utiliser l'ouverture au détriment du filtre médian.

4.2/ Bruit gaussien

4.2.1/ Résultats pour une variance de 500

Image  SNR 
Bruitée  49,3 
Médian (3x3) 186,1
Moyenneur (3x3) 70,1
Ouverture-fermeture (rayon 1) 53,3
Nagao 48,6
Ouverture (rayon 1) 40,0

4.2.2/ Résultats pour une variance de 5000

Image  SNR 
Bruitée  6,4 
Médian (7x7) 61,9
Moyenneur (3x3) 32,2
Médian (3x3) 28,2
Nagao 21,7
Ouverture-fermeture (rayon 1) 7,2
Ouverture (rayon 1) 5,1

4.2.3/ Commentaires

Bien que cela ne soit pas relié à une amélioration subjective, la plupart des filtres améliorent le rapport signal sur bruit de l'image. On retiendra l'étonnante efficacité du filtre médian, à condition d'adapter la taille de la fenêtre à l'intensité du bruit. On remarquera également que sur ce type de bruit l'ouverture est totalement inadaptée.

5/ Caractéristiques fréquentielles

Le comportement des filtres dans le domaine fréquentiel est facile à prévoir dans le cas d'un filtre linéaire (moyenneur) mais l'est beaucoup moins lorsqu'il s'agit d'un filtre non linéaire (médian, Nagao, filtres morphologiques). De manière générale, la réponse des filtres aux différentes fréquences spatiales dépend de la taille de l'élément caractéristique du filtre.

Dans tous les cas, il existe donc une fréquence limite au-delà de laquelle le filtre n'est plus utilisable. Exemple avec Nagao, pour lequel la fréquence limite est de 2*pi/5 rad/pixel, soit Fl = 1,2566371 rad/pixel:

On remarquera l'apparition d'harmoniques, due à la non-linéarité du filtre de Nagao. Il en est de même avec les filtres médian et morphologiques. Cette création d'harmoniques permet, dans les hautes fréquences, de conserver les contours de l'image.

6/ Performances des filtrages en prétraitement d'un détecteur de contours

Les performances du débruitage d'un bruit gaussien annoncées par les résultats du paragraphe 4 et qui semblaient peu en accord avec la qualité visuelle de l'image sont illustrées par le bon comportement de la détection de contours en aval d'un tel débruitage.

Les images parlent d'elles-même :


7/ Conclusions

Il apparait tout d'abord que la qualité des filtres dépend des critères d'appréciation choisis (psychovisuel, SNR, fréquentiel). On constate ensuite que l'usage que l'on veut faire de l'image débruitée conditionne complètement le choix du filtre (cf. exemple de la détection de contours).

On peut toutefois mettre en avant la robustesse du filtre médian qui donne de bons résultats dans tous les cas envisagés ici. On constate que c'est le seul filtre qui permet de débruiter une image corrompue simultanément par les deux bruits :