Nous allons disserter sur le thème de l' "Histogramme
plat" (ne voulez vous ?)
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Partons d'une image absolument quelconque (la
photo de votre narrateur par exemple).
Cette image, bien que quelconque, a son histogramme
bien à elle (sale caractère).
Le but du programme et de le forcer (l'histogramme)
à s'aplatir le plus humblement possible.
Parfois l'image, docile, se laisse faire et en ressort
rajeunie, améliorée.
D'autres fois au contraire, on assiste a une émouvante
bataille d'où l'image ressort meurtrie.
Dans un premier temps partons d'une image en noir
et blanc.
Et ensuite ....
Un long dessin valant toujours mieux qu'un court
discours, passons au dessin:
L'image contient un certain nombre de niveaux de gris (256 en l'occurrence), mais le hasard faisant mal les choses, le nombre de pixels ayant un niveau de gris donné dépend du niveau choisi (comme toujours).
Un profond sentiment d'égalité nous
amène à la question suivante: serait il possible de partager
plus équitablement tous les niveaux de gris, quelque soit la condition
sociale d'un pixel ?
Fort heureusement il y a toujours une justice :
Nous désirons avoir autant de pixels de niveau
0, que de pixels de niveau 1 etc... (égalité pour tous).
Une astuce profonde permet de s'apercevoir qu'il
faut un certain nombre M de pixels dans chaque niveau, et que ce nombre
est en fait la taille totale de l'image divisée par 256.
Il suffit alors de partir du niveau 0, de compter
le nombre de pixels n ayant ce niveau.
Trois options s'offrent à nous:
Soit n=M auquel cas tout va bien pour le moment, on passe au niveau suivant.
Soit n<M auquel cas il reste de la place au niveau 0, pour nos amis les pixels qui se sont prétentieusement mis au niveau 1, on peut alors passer au niveau suivant sachant qu'il faudra d'abord remplir la place restante au niveau 0.
Soit enfin n>M auquel cas il y a trop de monde pour le niveau 0, on place les premiers arrivés au niveau 0 et le reste doit attendre le niveau 1, en ayant priorité sur ceux qui était avant au niveau 1 (qui peuvent soit rester au niveau 1 s'il y a assez de place, soit être promu à un niveau supérieur).
On passe ensuite au niveau 1, puis au niveau 2 etc....
Le miracle c'est qu'au niveau 255 tout le monde est
placé et la répartition est totalement égalitaire.
Et voilà !
On peut aussi s'amuser (c'est follement drôle) à faire la même chose mais en couleur.
Le problème c'est qu'il faut maintenant négocier avec les 3 composantes rouge, verte et bleue de chaque pixel, mais le principe reste le même:
On part d'une image couleur et de ces 3 histogrammes rouge vert et bleu:
Et on fait le même travail que précédemment sur chacun des 3 canaux de couleur, on obtient ceci:
Bizarre, vous avez dis bizarre.
En fait d'acte final, cet épilogue n'est que
le début d'une histoire photographique particulière ....
En premier lieu essayons de comprendre pourquoi nos
2 archers ont perdu leur bronzage sur la photo noir et blanc.
L'image noir et blanc était relativement sombre, et centrée autour de quelques dizaines de niveaux de gris, l'aplatissement de l'histogramme a eu pour effet immédiat d'éclaircir l'image.
L'effet plus pervers de cet aplatissement est la dilatation de la dynamique des niveaux de gris autour de 100, ainsi les 10 niveaux de gris situés autour du niveau 100 sont dilatés pour occuper près de 100 niveaux, le résultat est que cet éclaircissement extrême fait apparaître ... les défauts de la compression Jpeg de l'image ...
Ainsi l'oeil pouvait accepter des faibles variations de niveaux dans les zones fortement comprimées, mais le fait d'accentuer fortement ces variations met à jour la vraie nature de cette image: elle s'est fait amochée par Jpeg...
Pour l'image en couleur c'est la même chose,
les couleurs sont éclaircies, le T-shirt rouge vire au pourpre et
le vert foncé devient presque turquoise.
Le Tour du monde en Photo
| Grèce | Autriche | Afrique | Inde | Etats Unis | Angleterre |
Votre humble narrateur vous propose maintenant un
merveilleux voyage autour du monde.
Lors de ce voyage vous prendrez des photographies,
et je vous connaîs, elles ne vous satisferont qu'incomplètement.
Vous vous demandez alors si un aplatissement brutal
des histogrammes de vos images pourrait améliorer quelque chose.
Prêt pour le départ, attachez votre
ceinture l'avion décolle......
Pour vous mettre en jambe vous faites un premier
cliché
A gauche l'histogramme (3 canaux colorés
et histogramme noir et blanc)
Au centre les images initiales
A droite les images traitées.
Ici, on ne constate pas les excès de l'image
précédente.
L'image noir et blanc est plus dense (il fallait
remplir les niveaux plus sombres), mais l'effet néfaste est que
le ciel est plus sombre, peu naturel par sa forme.
Ce phénomène est encore plus marqué
en couleur où de plus la balance des couleurs a viré sur
une teinte plus chaude, plus orangée.
L'image n'y a pas franchement gagné, continuons
donc rapidement notre voyage.
Vous prenez un peu de repos bien mérité
en Autriche dans son doux Tyrol.
En suivant le même principe (images originales
à gauche, traitées à droite) vous obtenez ceci:
Le résultat est pour le moins surprenant.
D'une photo au soleil couchant, à contre
jour, vous obtenez la photo du lendemain matin !!!
La photo initiale était en contre jour, avec
le soleil derrière les montagnes.
Le ciel était donc très lumineux,
et le paysage trop sombre.
Il en résulte un ciel tout aussi lumineux
(il ne change presque pas car c'était la zone la plus claire de
la photo, et l'aplatissement histogrammique n'a fait qu'amplifier cette
clarté).
En revanche, le village, très sombre au départ,
s'est illuminé, et fortement contrasté, on récupère
ainsi la majeure partie des détails qui était noyés
dans la pénombre (attention à l'exposition la prochaine fois
il faudra surexposer l'image pour avoir du détail dans les sombres).
L'image est de meilleure qualité que l'originale
(au sens technique, pas artistique), car elle possède plus de détail,
et de contraste, en revanche l'impression est totalement différente,
on croit assister à un lever de soleil et non à un coucher
....
Pour l'image en couleur, on ne peut pas en dire autant.
Les montagnes semblent bien irréelles (pour
le moins), mais les maisons gagnent en lisibilité.
Au contraire de l'image noir et blanc, l'image traitée
est moins bonne que l'originale sur le plan technique, car ne ressemblant
pas à l'originale, nul doute n'est permis, en revanche sur le plan
artistique l'image s'est améliorée, elle a plus de caractère
(selon les goûts)...
En route
pour le sommet de l'Afrique
Un instant d'inattention, devant ce beau paysage
vous a fait oublier les rudiments de l'exposition de votre cellule photo.
Heureusement l'aplatissement de l'histogramme est
là pour vous sortir de ce mauvais pas.
Votre photo reprend du contraste aux premiers plans,
et le ciel n'en souffre pas trop, oui mais en noir et blanc.
Car en couleur, votre image était fade et
marron, sur un ciel bien bleu, malheur à vous, le vert de la végétation
(le seul rescapé du désastre se délave après
traitement, le rayon de soleil à droite n'est est que plus visible
(pensez la prochaine fois à utiliser le pare-soleil, monté
à l'envers il ne sert à rien), et le ciel, mon dieu, digne
d'une pellicule célèbre du tournant des années 70...
Le meilleur aplatisseur du monde ne peut rien pour
cette photo couleur, contentez vous de la version noir et blanc, ou pleurez
tout ce que vos yeux vous permettent...
Partons en Orient...
Au petit matin vous faites un bonne photo, mais l'appareil
étant suffisamment lourd, vous n'avez pas voulu emporter votre flash
pour déboucher le premier plan, à tout hasard vous essayez
le traitement de choc.
Vous obtenez ici un subtil dosage sur l'image en
noir et blanc.
Les flots ne sont pas modifiés, mais le premier
plan gagne en détails, c'était votre but.
Un tout petit bémol, tout de même,
le ciel en arrière plan subit quelques petits outrages.
L'image en couleur est elle aussi meilleure, on
évite ainsi cette dominante orange trop marquée au premier
plan.
Le ciel en arrière plan n'est pas trop perturbé
par le traitement mais il manque tout de même de finesse.
Sur cette photo le résultat est plus qu'encourageant,
bravo.
Un peu de sport maintenant ?
Un tour
dans les rapides du Grand Canyon
Entre 2 cascades vous vous emparez de votre jetable
(seul matériel autorisé vu les conditions), et vous prenez
une photo parfaite, selon vous...
Si le cadrage est indéniablement original
vous avez oublié que votre matériel est rudimentaire (pour
le moins), on ne peut pas tout avoir.
Et là vous vous dites, il me faut l'égalisation
d'histogramme, et vous avez parfaitement raison.
Le gain aussi bien technique qu'artistique est évident
en noir et blanc, comme en couleur, comme quoi on peut avoir le zodiac
et en plus le gilet de sauvetage.
La raison profonde de ce petit miracle est que l'image
avait deux composantes bien distinctes, une très sombre, une autre
plus claire et étendue, la transformation se contentant d'éliminer
l'entre deux composantes, en gardant l'essentiel des détails de
la composante claire (la cascade), et en éclaircissant beaucoup
la composante sombre (le reste).
Très bons résultats, mais malheureusement il est déjà
temps de rentrer.
En rentrant en Europe vous faites un dernier tour
sur la cote anglaise, au soleil couchant, vous avez le matériel,
le temps de faire une bonne mesure d'exposition, le talent (sans conteste).
Vous mettez donc votre bijou en "pondérée
centrale", vous visez le manoir, vous mémorisez l'exposition, vous
recadrer pour parachever l'oeuvre, et vous déclencher....
Merveille!
Vous avez quand même la curiosité de
lancer le programme pour voir s'il est encore possible d'améliorer
les choses (doute).
Et oh surprise, le résultat est désastreux.
Le noir et blanc est moche, la couleur est horrible.
Le programme, décidément peu artiste,
a tout éclaircit, sans nuance, sans finesse, les rares zones de
clarté (vous avez tout fait pour renforcer l'aspect dramatique de
la scène) ont explosées, elles sont totalement saturées,
ecrasées.
Le ciel n'a plus rien à voir avec un ciel
de fin d'après midi anglais (les nuages sont vaguement "paradisiaques"),
la mer ne gagne pas en détail, le premier plan est rouge sang....
C'est sang espoir ... aucun
Le terrible programme d'aplatissement d'histogramme se révèle doué mais dans certaines limites.
Pour des images à contre jour, il se révèle plutôt efficace, redonnant des détails dans les zones sombres, sans nécessairement saturer les zones claires, mais ceci n'est vrai que si les zones claires occupent une partie non négligeable de l'image, sinon, gare à la saturation, sans aucune finesse.
Si les images ont une forte dominante sur toute l'étendue de l'image, le programme peut se révéler poète ou peintre baroque, avec des cieux irréels ... à utiliser avec modération.
En revanche il est parfait pour des images "jetables",
et dans une moindre mesure pour des diapositives (plus contrastées
que les films négatifs) trop contrastées pour lesquels il
réagira avec finesse et douceur...
Mais en tout cas à la vue de vos dernières
photos, nul doute n'est permis, vous n'avez plus besoin d'artifice, plus
d'histogramme plat, plus de neutralité, vous êtes résolument
original, et vous avez vos partis pris qu'une modeste machine, si puissante
soit elle ne peut percevoir......