En morphologie mathématique, l'algorithme
de la ligne de partage des eaux (LPE), proposé par Digabel
et Lantuéjoul, est un algorithme de segmentation d'images,
ce qui revient à décomposer une image en régions
homogènes.
La ligne de partage des eaux utilise la description
des images en termes géographiques. Une image peut en effet
être perçue comme un relief si l'on associe le niveau
de gris de chaque point à une altitude. Il est alors possible
de définir la ligne de partage des eaux comme étant
la crête formant la limite entre deux bassins versants.
Il est à noter que la ligne de partage des
eaux n'est pas locale. En particulier, elle n’est pas liée
à des structures locales (lignes de crête, escarpement,…).
La LPE n’est pas un concept LOCAL. Vous ne pouvez pas, avec
la seule connaissance locale du voisinage d’un point, répondre
à la question : Ce point appartient-il à une ligne de
partage des eaux?
Une des difficultés à la mise en oeuvre
de cette analogie intuitive est qu'elle laisse beaucoup de liberté
quant à sa formalisation. Il existe deux classes principales
d'implémentation : l'une est basée sur un algorithme
récursif d'immersion
[Vincent 91] et une autre basée
sur l'utilisation de fonctions de distances
géodésiques [Meyer 88].
Leur définition algorithmique ainsi que leur analyse critique
est donnée dans l'article de Jos B.T.M. Roerdink et
Arnold Meijster [Roerdink-Meijster
01]. Nous utiliserons par la suite la fonction intégrée
à matlab et basée sur l'algorithme de Vincent -
Soille.
Notons enfin que l'on n'applique pas la LPE à
l'image originale mais à son gradient (morphologique). Cela
créé ainsi des ligne de partage des eaux aux points
de discontinuités du niveau de gris, ce qui est intéressant
pour les applications de segmentation.
Observons maintenant le résultat de la LPE
sur une image naturelle simple.


Illustration de la sur segmentation
La LPE du gradient est sur-segmentée, même
si comme ici, l'image originale est homogène. Ceci est dû
au fait que les images gradient des images naturelles contiennent
un grand nombre de minima (dû au bruit du système de
prise de vue par exemple ou à variations locales non significatives
des niveaux de gris ou encore aux textures des régions). Chaque
minimum génère un bassin versant dans la LPE.
Concernant la connexité, on peur envisager
l'utilisation de la 4-connexité ou bien de la 8-connexité.
Tout dépendra du type d'image et du type de traitement à
effectuer. Dans le cadre de la ligne de partage des eaux on utilisera
par défaut la 8-connexité.
Il existe plusieurs méthodes qui permettent
de pallier à cette sur-segmentation.
-
La première consiste à filtrer
l'image originale afin de supprimer tous les minima non-significatifs
: c'est l'
approche
filtrage.
-
La deuxième consiste à choisir
le nombre de minima locaux et donc le nombre de zones que l'on
souhaite mettre en évidence grâce à la LPE
: c'est l'
approche
marqueurs (
swamping).
-
Enfin une première LPE peut servir
de marqueur pour une seconde, et la zone qu'elle délimite
donne lieu à une image mosaïque. Cette image n'est
plus construite par pixels, mais comme graphe planaire. Elle
est susceptible à son tour d'être traité
par LPE, filtrage, swamping, versions conditionnelles... C'est
un processus itératif qui donne donc lieu à une
segmentation
hiérarchique.
Ceci correspond à un paradigme
de segmentation c'est à dire la structure utilisée
pour la segmentation à base de LPE. Elle autorise la combinaison
des différentes méthodes de prétraitements suscitées.
Nous testerons l'efficacité des prétraitements
sur 3 images photographiques : lena, afmsurf (J.C.
Russ, The Image Processing Handbook, Third Edition, 1998), et
l'image cell. Ci dessous les images originales (à
gauche) avec le résultat de la LPE (à droite).


L'image de lena est une image riche de détails
et de difficultés pour la segmentation : la faible différence
de contraste du haut du chapeau, complexité des plumes. Néanmoins
certaines de ces caractéristiques sont relativement faciles
à extraire comme l'épaule par exemple. C'est une bonne
image de test pour la segmentation.


L'image afmsurf est une image aux contours
relativement précis mais flous, et qui surtout s'interceptent.
La différence de contraste entre objets différents est
variable dans l'image.


Cell est une image typique pour ce genre
de segmentation : des cellules avec des niveaux de gris semblables
et qui parfois se chevauchent, ce qui rend leur segmentation difficile.
Elle se prête particulièrement aux méthodes utilisant
la reconstruction de l'image à partir de marqueurs.